Il se souvenait de la naissance du jour d’après où la vie en lui, sur lui s’était réveillée, où la migration des petits et des grands avait commencé, ou la promiscuité sécurisante disparaissait et où tous les mondes, l’animal et le végétal, reprenaient le cours de leurs vies.
Alors, Tremolin admirait du haut de ses trente mètrées son royaume. Il s’étendait de son pied jusqu’où le ciel, la terre et l’eau se rejoignent. Il était fier de régner sur cette terre d’abondance et d’accueil. Les cycles de septimes se succédaient aussi dans les autres provinces, et quelques rares espèces rejoignaient la septième province.
Il s’était pris d’affection pour une espèce qu’il ne connaissait pas. Curieux petits bipèdes roses et nus comme les vers de sable… Il aimait les sons mélodieux qu’ils faisaient. Ils croissaient et multipliaient comme toutes les espèces de cette terre neuve.
Tremolin se promit de donner un nom à sa vingtième années septimes tant à cette jeune province nouvellement peuplée, qu’aux nouvelles espèces migrantes installées. Pour le moment, tous goûtaient à la paix du monde du milieu.
FIN
Merci à Tremolin pour ses confidences de grand Sage et à Eyssaure le malicieux, vent doux du sud-ouest du Monde du milieu, son ami de toujours pour ses murmures.
Il se souvenait que quinze années septimes auparavant, lui, Tremolin sortait d’une terre rousse et complice, ses fortes racines où s’accrochaient les vies souterraines. Ses branches, ses feuilles son tronc, s’étaient couverts d’insectes de tous genres, du dessus, du dessous, du dedans de la terre mère, d’oiseaux de toutes plumes, de poissons d’écailles ou nus, de toutes eaux, les limpides et les boueuses, les sages et les tumultueuses vivant sur et dans la terre mère, d’herbivores de tous poils vivant au sol ou à la cime des uns ou des autres, de carnassiers indispensables pour l’équilibre de tous. Ils se sont posés, agrippés, enfouis, tous en paix et confiants d’une nouvelle vie. Dans la terre, sous ses racines, Tremolin savaient des enfants endormis, rejetons multiples et variés dans leurs cocons, descendants innocents des parents et amis feuillus sacrifiés. Les petits se réveilleraient après le grand déménagement, quand la septième province aura fait se rejoindre le ciel, la terre et l’eau. Ainsi allaient les cycles des septimes dans ces temps-là.
Il avait été instruit sur certaines choses importantes, sur la moyenne de vie des peupliers trembles qui variait d’un temps de soixante-dix à quatre-vingts années septimes. Et lui, le jeune Tremolin, avait été choisi parmi des septimes de septimes de jeunes trembles pour sa constitution exceptionnelle. Des triples centenaires septimes, étaient aussi rares que l’on n’en avait jamais connu de mémoire de tremble, mais il y avait de vieilles histoires dont il avait
Il se souvenait, sans colère aucune, car c’était dans l’ordre des choses, du dragon de feu dévastateur. « Feu des Entrailles », appartenait au monde du dessous… Ravageur de parents, d’amis de toutes espèces. Il se souvenait de la plainte déchirante et grandissante des branches se consumant, des éclaboussures incandescentes dégoulinant des troncs dévorés de l’intérieur, de l’écran de fumée rouges et noires obscurcissant le ciel… Il avait été instruit et savait que par cycle, de septimes en septimes, Feu des Entrailles revenait remettre les choses dans l’ordre en nettoyant les plaines et les vallées, en ratiboisant les grands et vieux bois, et tout ce qui surgissait à son passage. Feu des Entrailles allait jusqu’à aspirer les eaux des terres et les recracher bouillantes et purifiées. Oui Tremolin se souvenait.





Et s’usera le temps
Je me voudrais étang
S’useront les images
