Tremolin
Tremolin admirait du haut de ses trente mètrées son royaume. Il s’étendait de son pied jusqu’où le ciel, la terre et l’eau se rejoignent.
Il se souvenait, sans colère aucune, car c’était dans l’ordre des choses, du dragon de feu dévastateur. « Feu des Entrailles », appartenait au monde du dessous… Ravageur de parents, d’amis de toutes espèces. Il se souvenait de la plainte déchirante et grandissante des branches se consumant, des éclaboussures incandescentes dégoulinant des troncs dévorés de l’intérieur, de l’écran de fumée rouges et noires obscurcissant le ciel… Il avait été instruit et savait que par cycle, de septimes en septimes, Feu des Entrailles revenait remettre les choses dans l’ordre en nettoyant les plaines et les vallées, en ratiboisant les grands et vieux bois, et tout ce qui surgissait à son passage. Feu des Entrailles allait jusqu’à aspirer les eaux des terres et les recracher bouillantes et purifiées. Oui Tremolin se souvenait.
Il se souvenait de sa solitude malgré son fardeau de la vie des hôtes naturels des lieux, habitants de tous les endroits de la province meurtrie en âge de procréer. Il avait été instruit des contes et légendes des mondes du dessus, du dessous, du milieu, et de ceux disparus… Il savait la légende d’un des mondes aujourd’hui disparu qui évoquait une « arche de Noé » … Son exode lui ressemblait.
( à suivre)
(Histoire inspirée par l’arbre habité de Mignaloux-Beauvoir pour Francine, série contes et légendes- 2017)






Et s’usera le temps
Je me voudrais étang
S’useront les images


Vous, ma maîtresse chérie, je vous attends. Chaque matin je vous appelle ; chaque matin, je crie mon besoin de vous voir. Un appel si particulier que forcément, vous savez que je vous appelle… Je me campe devant votre porte. Assise, patiente. Parfois je devine un soupir, un bâillement… J’entends… J’ai veillé sur la maison pendant votre sommeil. A l’affût du moindre bruit, de ces mouvements inaudibles pour vos oreilles humaines. Je peux barrer la retraite au mulot imprudent… pour vous plaire. Je vous attends… J’approche mon nez de la fente de la porte. Je sens votre parfum, je sens cette nouvelle crème pour vos mains. J’aime alors y frotter mes babines.
Ma maison est assise au vent… de Cécile Sauvage (1909)