• Tremolin

    Tremolin admirait du haut de ses trente mètrées son royaume. Il s’étendait de son pied jusqu’où le ciel, la terre et l’eau se rejoignent.
    Il se souvenait, sans colère aucune, car c’était dans l’ordre des choses, du dragon de feu dévastateur. « Feu des Entrailles », appartenait au monde du dessous… Ravageur de parents, d’amis de toutes espèces. Il se souvenait de la plainte déchirante et grandissante des branches se consumant, des éclaboussures incandescentes dégoulinant des troncs dévorés de l’intérieur, de l’écran de fumée rouges et noires obscurcissant le ciel… Il avait été instruit et savait que par cycle, de septimes en septimes, Feu des Entrailles revenait remettre les choses dans l’ordre en nettoyant les plaines et les vallées, en ratiboisant les grands et vieux bois, et tout ce qui surgissait à son passage. Feu des Entrailles allait jusqu’à aspirer les eaux des terres et les recracher bouillantes et purifiées. Oui Tremolin se souvenait.
    Il se souvenait de sa solitude malgré son fardeau de la vie des hôtes naturels des lieux, habitants de tous les endroits de la province meurtrie en âge de procréer. Il avait été instruit des contes et légendes des mondes du dessus, du dessous, du milieu, et de ceux disparus… Il savait la légende d’un des mondes aujourd’hui disparu qui évoquait une « arche de Noé » … Son exode lui ressemblait.

    ( à suivre)

    (Histoire inspirée par l’arbre habité de Mignaloux-Beauvoir pour Francine, série contes et légendes- 2017)

  • Penser à elle, à l’autre.

    En dedans, elle n’est pas la même, elle n’est plus la même.

    Elle le sait. Je le sais.

    Qui parlera. Elle ou moi.

    Donnez la vie, donnez encore et encore la vie.

    Corps gracile qui s’arrondit d’une vie, de deux puis de trois.

    Chacun – inconnu – prend une partie de moi.

    Etre seule pour ressentir la transformation, seule en moi.

    Personne ne saura jamais la solitude.

    Je, est seule.

    Tourments des questions sans réponse.

    Solitude à deux ? C’est à toi seule.

    Imagerie médicale qui révèle ce qu’il y a dans la poche.

    Un squelette, des organes, l’eau qui permet de vivre en l’autre.

    Chaque femme vit son histoire à elle.

    Elle, est seule.

    Pierre noire, sanguine et craie blanche, estompe, sur papier beige avec effet d’estompe, de Elisabeth Louise Vigée Le Brun – Tiré du Catalogue de l’expo Paris Grand Palais 23/09/2015-11/01/2016

    Puis doucement, penser à deux

    Grandir à deux

    Ecouter le monde à deux

    Vivre seul chacun

    La « délivrance »,

    La « naissance ».

    La séparation

    Elle, Je, est seule…

     

  • « Nous devrions peut-être accorder à nouveau une place au rocking-chair dans notre salon. Selon des chercheurs américains, se balancer (sur une balançoire ou un fauteuil à bascule) apaise l’anxiété, détend et remonte le moral. »

    (Extrait de 365 jours flow – Sources Psychology Today)

    Justement, j’aimerais bien… mais il pleut.

    J’aimerais bien, dans le jardin me laisser choir dans le fauteuil et ne plus voir ce ciel en gris verser sa pluie… Me bercer, les yeux fermés, ignorant la rumeur de la rue, retrouver le chants des oiseaux. Patience, la terre bientôt se réveillera !

    Le rocking-chair, Ile d’Oléron
  • Le soleil est encore chaud ici, en journée. Hier, du temps pour le jardin, du temps pour goûter l’été indien, du temps pour projeter des images du jardin de l’an prochain…

    Les feuilles d'or - Automne 2016

    Ce matin, j’écris… Quelques mots. Les fenêtres de la maison sont toutes, grande ouverte, laissant les flots de soleil se déverser dans les chambres. D’où je suis, je l’admire au travers des jeux d’ombre et de lumière…

    Chapeau de soleil à l'ombre - Automne 2016

    Belle semaine les amis !

  • Le parcours de minigolf insolite…

    Hello ! Quelques nouvelles d’un été très très chaud !

    Avec mes petits fils, dont le séjour fut bien trop court, nous nous sommes évadés dans le minigolf de l’hôtel restaurant le « Stelsia »  à Saint-Sylvestre (47), à deux pas de chez moi… Sympa et insolite !

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    De quoi oublier où nous étions, chaleur garantie !

    Belle journée !

  • Voyez ami, comme certains poètes savent bien dire les choses qui vous habitent….

    Cogitations

    IMG_9615Et s’usera le temps
    au rythme des saisons.
    S’useront mes printemps.
    Et moi… je reste…

    Je me voudrais marée
    au rythme imperturbable.
    Je me voudrais jetée.
    Ou je me voudrais sable.

    Et s’useront mes rêves.
    Et s’usera ma joie.
    S’useront mes combats.
    Et s’usera ma sève.

    IMG_0732Je me voudrais étang
    à surface de moire
    où les aubes et les soirs
    se mirent infiniment..

    S’usera ma gaieté.
    S’useront mes attentes.
    S’useront mes projets.
    S’useront mes tourmentes.

    Je me voudrais le vent.
    Je me voudrais la mer.
    Je me voudrais le temps
    au rythme de la terre.

    CIEL DORAGE ET SOLEILS’useront les images
    qu’on garde au fond de soi.
    Et s’useront les pages
    qu’on se fit pas à pas.

    Alors tel un vieux loup
    au bout de son chemin,
    je me voudrai caillou
    au rythme de plus rien !

    Esther Granek, Je cours après mon ombre, 1981

  • Je veux partager ce texte magnifique de Paul Eluard écrit en 1940…

    Liberté de Paul Eluard

    Sur mes cahiers d’écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable sur la neige
    J’écris ton nom

    PEluard_Liberte_ page1_MRN
    Manuscrit Paul Eluard. Sources : https://www.reseau-canope.fr/cnrd/document/6578

    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J’écris ton nom

    Sur les images dorées
    Sur les armes des guerriers
    Sur la couronne des rois
    J’écris ton nom

    Sur la jungle et le désert
    Sur les nids sur les genêts
    Sur l’écho de mon enfance
    J’écris ton nom

    Sur les merveilles des nuits
    Sur le pain blanc des journées
    Sur les saisons fiancées
    J’écris ton nom

    Sur tous mes chiffons d’azur
    Sur l’étang soleil moisi
    Sur le lac lune vivante
    J’écris ton nom

    Sur les champs sur l’horizon
    Sur les ailes des oiseaux
    Et sur le moulin des ombres
    J’écris ton nom

    Sur chaque bouffée d’aurore
    Sur la mer sur les bateaux
    Sur la montagne démente
    J’écris ton nom

    Sur la mousse des nuages
    Sur les sueurs de l’orage
    Sur la pluie épaisse et fade
    J’écris ton nom

    Sur les formes scintillantes
    Sur les cloches des couleurs
    Sur la vérité physique
    J’écris ton nom

    Paul Eluard-Fernand Léger, "Liberté" © Paul Eluard-Fernand Léger, "Liberté" (détail), Seghers ed., Paris, 1953 © ADAGP, Paris 2015 © RMN-GP/ photo M. Rabeau. Livre de 1953 © Editions Seghers. Texte : Paul Eluard, poème "Liberté" in Au rendez-vous allemand © 1945 by Les Editions de Minuit - See more at: http://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/fleger/evenement/l-exposition-autour-du-poeme-liberte-paul-eluard-et-fernand-leger-en-dialogue#sthash.7tB4Lzge.dpuf
    Paul Eluard-Fernand Léger, « Liberté »
    ©
    Paul Eluard-Fernand Léger, « Liberté » (détail), Seghers ed., Paris, 1953 © ADAGP, Paris 2015 © RMN-GP/ photo M. Rabeau. Livre de 1953 © Editions Seghers. Texte : Paul Eluard, poème « Liberté » in Au rendez-vous allemand © 1945 by Les Editions de Minuit
    – See more at: http://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/fleger/evenement/l-exposition-autour-du-poeme-liberte-paul-eluard-et-fernand-leger-en-dialogue#sthash.7tB4Lzge.dpuf

    Sur les routes déployées
    Sur les places qui débordent
    J’écris ton nom

    Sur la lampe qui s’allume
    Sur la lampe qui s’éteint
    Sur mes maisons réunies
    J’écris ton nom

    Sur le fruit coupé en deux
    Du miroir et de ma chambre
    Sur mon lit coquille vide
    J’écris ton nom

    Sur mon chien gourmand et tendre
    Sur ses oreilles dressées
    Sur sa patte maladroite
    J’écris ton nom

    Sur le tremplin de ma porte
    Sur les objets familiers
    Sur le flot du feu béni
    J’écris ton nom

    Sur toute chair accordée
    Sur le front de mes amis
    Sur chaque main qui se tend
    J’écris ton nom

    Sur la vitre des surprises
    Sur les lèvres attentives
    Bien au-dessus du silence
    J’écris ton nom

    Sur mes refuges détruits
    Sur mes phares écroulés
    Sur les murs de mon ennui
    J’écris ton nom

    Sur l’absence sans désir
    Sur la solitude nue
    Sur les marches de la mort
    J’écris ton nom

    Sur la santé revenue
    Sur le risque disparu
    Sur l’espoir sans souvenir
    J’écris ton nom

    Et par le pouvoir d’un mot
    Je recommence ma vie
    Je suis né pour te connaître
    Pour te nommer

    Liberté.

    Je viens de découvrir la vidéo après avoir plusieurs fois écouté la chanson reprise par les » enfoirés ». 

  • « Bien sur, ceux que nous aimons ne nous appartiennent pas, mais notre cœur leur appartient. »

     Voyage au cœur du chagrin – Susan Squellati Florence

    coucher de soleil sur la colline 3
    Lever ou coucher de soleil… Toujours magnifique…

    Qu’il est doux de retrouver ceux que nous aimons après l’absence, l’hôpital, le doute… A bientôt !

  • Vous, ma maîtresse chérie, je vous attends. Chaque matin je vous appelle ; chaque matin, je crie mon besoin de vous voir. Un appel si particulier que forcément, vous savez que je vous appelle… Je me campe devant votre porte. Assise, patiente. Parfois je devine un soupir, un bâillement… J’entends… J’ai veillé sur la maison pendant votre sommeil. A l’affût du moindre bruit, de ces mouvements inaudibles pour vos oreilles humaines. Je peux barrer la retraite au mulot imprudent… pour vous plaire. Je vous attends… J’approche mon nez de la fente de la porte. Je sens votre parfum, je sens cette nouvelle crème pour vos mains. J’aime alors y frotter mes babines.

    Vous vous éveillez. Vos pieds enfilent les chaussons et la soie de votre peignoir crie doucement sur votre corps. Vous faites le tour du lit. J’attends follement… Je me frotte à cette porte qui tarde à s’ouvrir. Allez-vous me voir ? J’aperçois votre jambe dans l’entrebâillement et me couche à vos pieds au risque de vous faire trébucher. Mais vous saviez vous aussi… Comme chaque matin, je suis là ! Je m’étire sur le flanc, plissant les yeux, tirant sur mes pattes, délicieusement, délivrée de ma posture de gardienne. Votre main se perd dans mon pelage, vos doigts glissent dans les longs poils et je vous offre mon ventre. Que miaulez-vous ce matin ? je sais vos intentions dans vos intonations. Peut-être un peu pressée ce matin ? Rétablissement vite fait sur mes quatre pattes, direction, ma fenêtre… Je vous précède, ne sachant vraiment pas ce que vous allez faire, et me retourne pour vérifier que vous me suivez bien. Notre rituel matinal est bien rôdé. Sur le bras du canapé, été comme hiver, je vous demande d’ouvrir ma fenêtre, puis mes volets. Chaque matin, ils grincent pour moi. Un saut sur le radiateur, puis sur le rebord de la fenêtre…. Enfin, sentir les odeurs de la nuit qui fuit, c’est vital pour moi… Vous me regarder faire chaque matin. Puis je devine le passage du mâle d’en face qui ne peux s’empêcher, malgré la peignée que je lui ai mise, de revenir sous ma fenêtre la nuit marquer son territoire sur le pot de fleur de ma maîtresse, ça m’agace… Je l’entends parfois grogner. Vous aussi grogner après ce voisin envahissant. D’un bond, je me retrouve sur la terrasse et invariablement – ou presque – je longe la maison et tourne le coin, pudiquement pour me soulager vers le fond du jardin. Je reviens vite, car pour rien au monde je ne voudrais louper la friandise matinale que vous m’offrez lors de votre premier repas… Sur votre doigt, un peu de cette graisse à étaler… J’en raffole et cela me met en appétit pour déguster mes croquettes croustillantes. Voilà qu’il est temps de vous quitter douce maîtresse. Juste un dernier regard vers vous avant de rejoindre mon lit dans la chambre des enfants… qui ne sont plus là !

    Un jour, comme çà… Janvier 2016

  • Ma maison est assise au vent… de Cécile Sauvage (1909)

    Tirée du recueil « Mélancolie ».

    Ma maison est assise au vent
    Dans une plaine sombre et nue
    Comme un tombeau pour un vivant
    Où s’agite ma chair menue.

    Les longs brouillards viennent frôler
    Au soir ma porte solitaire,
    Et je ne sais rien de la terre
    Que ma tristesse d’exilé.

     

    Brumes sur le Lot - Automne 2015