
Le plumier gît là sur l’écritoire,
Contre, tout contre l’encrier qui s’ennuie
Tout comme la feuille de vélin qui frémit
Sous la chaste caresse de l’air printanier.
Dans le plumier, porte-plûmes et stylo-plumes piaffent
Comme les piafs du jardin, la plume au bout du bec.
Porte-plumes portent mots sur le papier
Mais sans encre pas de « repapier ».
Et les mots radotés
Restent coincés
Dans le plumier.
La main-mise sur le porte-plume,
La plume trempée dans l’encrier
Le voilà qui prend son envol à tire-d’aile
Sur la feuille impatiente.
Les mots courent enfin, libérés.
Et trempe et trempe la plume dans l’encrier,
Et courent, courent les mots sur le papier.
Lui, il s’applique dans la forme,
Penche les lettres ici,
Redresse les mots, là…

Y a-t-il un sens à tout çà ?
Il est conscient de son rôle
De porte-plume portant les mots,
Transmettant l’histoire que la main raconte.
Il s’applique d’autant plus
Qu’il côtoie dans le plumier
Un jeunot, un rival, un ambitieux.
Il sent la fatigue du geste,
Tremper sa plume dans l’encrier,
La poser sur le papier
Et renouveler le geste
Jusqu’à la fin de l’histoire… si possible…
Il sait qu’un jour, lui, porte-plume,
Verra sa vie anéantie
Par un indépendantiste,
Un stylographe à réserve,
Un encrier-plume,
Un stylo sans fin,
Son voisin le stylo-plume.
Joëlle W. 16 février 2024
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