Rivalité…
Le plumier @Joëlle W.

 

Le plumier gît là sur l’écritoire,

Contre, tout contre l’encrier qui s’ennuie

Tout comme la feuille de vélin qui frémit

Sous la chaste caresse de l’air printanier.

Dans le plumier, porte-plûmes et stylo-plumes piaffent

Comme les piafs du jardin, la plume au bout du bec.

 

Porte-plumes portent mots sur le papier

Mais sans encre pas de « repapier ».

Et les mots radotés

Restent coincés

Dans le plumier.

 

La main-mise sur le porte-plume,

La plume trempée dans l’encrier

Le voilà qui prend son envol à tire-d’aile

Sur la feuille impatiente.

Les mots courent enfin, libérés.

 

Et trempe et trempe la plume dans l’encrier,

Et courent, courent les mots sur le papier.

 

Lui, il s’applique dans la forme,

Penche les lettres ici,

Redresse les mots, là…

 

Y a-t-il un sens à tout çà ?

Il est conscient de son rôle

De porte-plume portant les mots,

Transmettant l’histoire que la main raconte.

Il s’applique d’autant plus

Qu’il côtoie dans le plumier

Un jeunot, un rival, un ambitieux.

Il sent la fatigue du geste,

Tremper sa plume dans l’encrier,

La poser sur le papier

Et renouveler le geste

Jusqu’à la fin de l’histoire… si possible…

Il sait qu’un jour, lui, porte-plume,

Verra sa vie anéantie

Par un indépendantiste,

Un stylographe à réserve,

Un encrier-plume,

Un stylo sans fin,

Son voisin le stylo-plume.

 

 

Joëlle W. 16 février 2024

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