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Ronronnement. Bourdonnement. Rumeur d’un groupe électrogène. Nuit noire au village. Des files de fourmis noires arrivent de tous côtés.

Guide mystique et lumineux, cercle d’or au centre du village figé. Unique place minuscule. Je suis. L’une de ces fourmis, c’est moi. File indienne « ennoirée ». N’a qu’un but : allez vers la lumière comme papillon de nuit au centre d’une toile.
File masquée, dirigée vers les gradins dans le grand noir du secret. Le disque d’or attend, fascine…
Bourdonnement, ronronnement. Le disque disparait pour agrandir le secret du grand noir.
Des oh… Des hum… des Enfin…
Des ah… quand le disque renait. Il a grandi, n’est plus seul.

Au milieu de lui, là, en son centre central, un classeur noir de nuit qui s’ouvre brutalement, en claquant.
Hop, le levier saute, les pages noircies s’échappent et se plient, se déplient, se replient, se mêlent, s’entremêlent dans un contraste de blanc et de noir.Des oh encore et des bravos… Acclamations qui n’ont aucun effet sur le processus mis en route là, au centre de la piste. La chose continue à s’ouvrir, rétrécir, vibrer… Tout s’arrête !
Silence.
Silence noir de déception. Devant les feuilles bien rangées, le ronron s’atténue, le disque s’atténue, le noir veut tout avaler. C’est sans compter sur une toux lointaine, un éternuement joyeux et un clap de coulisses.
Roulement de tambour invisible.

Il surgit. L’homme de papier surgit comme un diable de sa boite. Libéré, l’homme de papier « Processus » sourit de tous ses mots, au centre du disque d’or, aussi grand que la piste au milieu des gradins.
Extasiées, toutes les fourmis du village, adoratrice du disque d’or, regardent, dévorent des yeux.
Processus n’en finit plus de s’agiter et son sourire de s’agrandir. Il tousse quelques lettres pour s’éclaircir la voix, roule des O majuscules, soulève son titre pour saluer laissant voir le chapeau.
Des O sont noirs de bonheur… Va-t-il déclamer ou versifier ? Nul ne le sait. L’agitation gagne les gradins si bien qu’une « holà » démarre chez les fourmis qui rougissent à l’infini…
Un petit cri. Petit cri. CRI s’amplifie à l’infini.
Le noir revient, rassurant, enveloppant, laissant la vedette à Processus en phase d’essai. Le CRI, c’est lui. Le tambour s’est tu. A présent le violon de carton joue la plus jolie sonate au clair de lune et Processus dit de merveilleuses choses. Des vers entiers s’échappent du sourire figé mais nous l’entendons, le ressentons. Des strophes entières sont reprises ensemble, nous, lui. Il rayonne dans son contraste parfait.
A l’enterrement d’une feuille morte, deux escargots s’en vont… Le violon de carton pleure la tristesse d’une sonate pour un pendu. Et les fourmis absorbent l’âme des poèmes qui s’égrènent, et la mélopée du violon triste. Elles changent, les unes après les autres, au fur et à mesure que les mots s’échappent de Processus en fin de vie… Les mots s’effacent de la blanche feuille de papier, les mots, les vers, les strophes, les poésies entières, virevoltent, choisissant telle ou telle fourmi, qui, heureuse, n’est plus noire de rien, mais couleur de toute la poésie du monde !

Quand tout est accompli, que Processus est terminé et blanc de bonheur, le disque d’or illumine tous les gradins de couleur.
Ecrit le 16 juin 2017 lors d’un atelier d’écriture.

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