Le poison…

Maintes fois j’ai voulu te parler de ce mal qui me grignote de l’intérieur. Tu vois comme je vais mal aujourd’hui ? Alors écoute moi avant qu’il ne reste rien de moi, qu’un souvenir, peut-être un manque…

Ils appellent ça une « déprime » ou quelque chose comme ça.

Au commencement, sans que tu y prêtes attention, surviennent des larmes. Tu ne t’en rends pas compte, et puis tu te dis, tiens je pleure, et tu te rends compte que la vue d’un enfant malheureux dans un reportage, te bouleverse, allume un feu dans tes entrailles, et que ce sont tes larmes, vaines larmes, qui tentent d’éteindre l’incendie.

Laisse-moi te dire encore…

Le rythme de journée, entre travail, transports, mari et enfants… une routine sans goût, sans saveur, un manque de quelque chose, une monotonie qui vire doucement à une lassitude, un dégoût. Ils t’emmerdent tous avec leurs règles, leurs lois, leurs observations, leurs conseils, leurs horaires…

Tu subis et tu fais face, ou plutôt, tu le crois.

Certains soirs, c’est l’insomnie, sournoisement qui s’invite sans que tu saches vraiment pourquoi, et la lune est pleine. Tu lui mets tout sur le dos…  À part ton ras-le-bol, tout va bien. Une tisane et tu retournes à ta nuit trop courte…

Et puis ?

Tu te mets à redouter l’heure du coucher, tu prolonges tes soirées, tu t’éloignes de lui, tu fumes plus que de raison dans ce jardin, ton jardin où tu te sens bien, par n’importe quelle saison, tu grimperais sur le pommier pour y cueillir les dernières pommes, ou sur le mur qui donne dans le parc du Prieuré si tu le pouvais, parler au vieux cèdre du Liban qui a reçu tant de confidences…Dans ta tête, c’est une lutte infernale où tout s’emmêle, et s’insinue traîtreusement les idées noires, les vraies, les méchantes, celles que tu refoules depuis un certain temps. Tu remets en cause ta raison d’être, ton utilité, ta vie, tu entends, ta vie !

Tu redescends l’escalier du jardin – ta descente aux enfers – avec différentes méthodes pour éliminer le problème. Ne plus penser, vider ta mémoire, « delete », effacer, supprimer, te supprimer, et tu te mets à rire comme une damnée…

Et plus tard ?

 A oui, plus tard, c’est ton corps qui prend le dessus. Il ne le fait qu’à nuit tombée, quand toute la maisonnée dort. Il est la terre empoisonnée, cette terre qui fut fertile, qui a donné la vie, qui fut généreuse pour donner du plaisir, de l’amour, des baisers, cette terre qui sent que sa fin est proche, imminente, qui refoule par tous ses orifices ce qui est mauvais en toi, cette imminence de la mort te vide de tout ce qui est solide ou liquide en toi, en même temps, et tes tempes battent à se rompre.

Enfin, ton corps épuisé se donne au sommeil, jusqu’à la prochaine attaque.

 

Joëlle W. – 23 octobre 2024

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