Jour de mars. Une journée en noir et blanc.

 Bon anniversaire ! Je lui hurle, BON ANNIVERSAIRE !

Il est là, sur la plage, accroupi sur le sable gris, affairé à l’élaboration d’un château. Donjon, douves, murailles avec tours d’angles. Non pas de tours. Il ne réagit pas. Ses fins cheveux clairs, un peu longs, volent autour de son visage sérieux et préoccupé par son labeur de bâtisseur.

Le vent ! C’est le vent.

Il ne peut m’entendre tant les rafales sont houleuses tout comme les vagues. Bientôt elles tenteront une percée dans la muraille grise, bientôt l’eau s’infiltrera dans les douves à l’assaut du donjon. Eau en filet au début, puis mousseuse, avec les petits débris de coquillages, d’algues arrachées du fond de la mer, de brindilles noires ou quelques minuscules fruits sont restés accrochés.

Il reste immobile. Je me rapprocherai pour le surprendre, sans bruit. Je verrai ses yeux clairs que je sais dorés, ses taches de rousseurs semées sur ses joues qui sont roses comme l’abricot bien mûr, joues que j’aime embrasser, et que je croquerai, enfin je ferai semblant… Et son sourire auquel jamais je ne résiste.

Encore un pas. On est seuls sur la plage. Torse nu, sa peau ne frémit pas. Ses pieds, dans les sandalettes de plastique s’enfoncent un peu et quand il se lèvera, elles laisseront de jolies empreintes de coquillage.  Les mains fines sont expertes. D’un doigt, il percera quelques fenêtres dans le donjon. Le seau a laissé des créneaux. Il a coincé dans son maillot de bain, à la taille, le petit drapeau que je lui ai confectionné dans la matinée. Le tissu rouge se verra sans doute. Le plantera-t-il dans le sable mouillé, tout en haut du donjon ?

Il rit. Rire clair de l’enfant, rire qui tinte, porté vers moi par une rafale de vent, un cadeau, un présent. Je connais les expressions de son visage. Un livre ouvert d’émotions pures.

Il est temps de partir avant qu’il prenne froid. Son peignoir blanc avec des rayures rouge et bleu est quelque part. Il aime s’y envelopper après le bain, ou s’y réfugier quand le vent est froid. Il aime le vent qui apporte les cris des mouettes, la musique dans les haubans des bateaux sur le port, le sel sur sa peau, les odeurs du varech. Parfois il danse avec le vent comme ce jour, où il se sait seul sur la plage.

Allez, rentrons. Encore un jour qui passe.

Un baiser sur mon doigt, sur la photo, sur ta joue.

 

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