Juste un extrait d’une histoire en cours, née de mon imagination, et de ma quasi « obsession » pour l’étude que je fais des gentilshommes de campagne, nobles et bourgeois vivant noblement dans les villages alentours au 18ème siècle.
Voici Anne, rôle secondaire mais important. À vous lire !
…
Les braises sont encore rouges. La chaleur a quitté la chambre. Dehors, avril donne tout ce qu’il a pour être fidèle à sa saison. Il fait froid. Six heures, se lever, affronter les épreuves du jour. Juste aller voir Marie, s’en occuper et l’aimer.
Ce n’est pas un bon jour. Lui reviennent les péripéties de la veille… Le retour au château… Le regard du maître… Il va falloir l’affronter.
Le retour à nuit tombée par la petite porte. Nuit noire, Catherine gît dans la berline, les chevaux au pas. Personne ne parle depuis des heures ; Nico décharge les quelques bagages, et Anne soutient Marie qui tient à peine debout.
Anne est vive et de bonne constitution. A part que…
On disait d’elle dans sa famille qu’elle ne grandirait plus mais qu’avec un corps robuste comme le sien… elle trouverait bien à se placer.
Elle dégage une certaine force. Elle le sait. Ses bras sont musclés. Elle n’a pas sa pareille pour soulever sa jeune maitresse quand elle est affaiblie. Elle peut la transporter du lit au fauteuil si besoin, sans souffrance. Elle l’a prouvé.
Allongée devant la cheminée, elle cligne des yeux, enveloppée dans la double épaisseur des couvertures de laine. Quand elle était petite, la nuit avec ses frères et sœurs, ils se serraient les uns contre les autres sur la paillasse, terrain de jeu où, sous la couverture de laine, ils s’amusaient à se faire peur. Instants d’oubli. Elle porte aussi son jupon de dessous, des bas épais et une brassière de laine, celle que sa jeune maitresse lui a donné, parce que « plus à la mode mais encore bien ». La chemise en coton à manches longues qu’elle porte est la plus usagée, mais, elle en a deux. C’est un luxe que lui envirait ses amies. On dormait encore habillée chaudement, le froid n’abandonnait pas encore.

Elle regarde d’un air inquiet les quelques braises rougeoyantes qui s’éteignent lentement. Elle se lève, prend un fagot de brindilles sur le tas près de la cheminée qu’elle pose sur les braises. Gestes sûrs, journaliers. Ranimé, le feu fume un peu, se ragaillardit et crépite.
Elle pose alors quelques buches sans trop les serrer, laissant passer le filet d’air qui le fera grandir. Elle jette un œil derrière les épais rideaux de fenêtre après avoir mis sur ses épaules sa couverture de laine. Le jour se lève. La lueur éclabousse le mur de la maison et déborde autour du volet de bois mal ajusté. Le château s’éveille.
Hier soir, elles avaient aperçu François mais l’avaient ignoré. Rejoindre la chambre de Marie au plus vite, il serait temps demain…
Anne s’active comme chaque matin, bien perturbée par les événements de la veille. On a beau essayer de chasser les mauvais souvenirs, ils reviennent en boucle troubler nos pensées.
Ce qu’avait vécu Anne au Château de M., elle ne l’oublierait jamais.
Joëlle W.
Peut-être à suivre…