Son souffle régulier, sa peau nue contre la mienne, je ne pensais plus, j’engloutissais dans ma mémoire ces instants de solitude à deux, cette découverte de lui, de cet être venu de mon ventre…
Son abandon m’étonnait chaque fois que repu, il s’endormait suçant le bout de sein mais ne tétant plus. Alors j’osais la caresse sur ses tempes palpitantes où la peau laiteuse est comme un calque, transparente, laissant le dessin bleu d’une veine apparaître. Je m’égarais sur ses joues roses des efforts de succion, peau de pêche si douce. Mon doigt essuyait la goutte de lait à la commissure des lèvres qui provoquait le lâcher prise du sein et un tétouillement de bien-être dans le vide. Ses lèvres fines laissaient le bout d’une langue visible qu’il tétait de temps à autre.

Je humais le corps apaiser de mon fils sans retenue, comme la chatte ses petits, reconnaissant son odeur unique, mêlée au lait de toilette Mustella. Je fermais les yeux et jouissais de cet instant tout en sentant mon ventre vide et douloureux des derniers spasmes de la naissance. J’attendais chaque geste de son corps, ne le quittant des yeux que pour reposer ma tête sur l’oreiller. Voilà qu’il s’étirait, bras en croix, poings serrés puis se recroquevillait un peu, encore plus près de ma peau. Il s’incrustait et moi je m’arrondissais pour le recueillir, comme s’il pouvait rentrer en moi. Nos chaleurs se mêlaient. Je glissais enfin mon index dans sa main qu’il serrait immédiatement. Parfois, Je m’endormais, sommeil fragile, léger, captant les vagissements de nouveaux nés, un chariot de soins et la respiration régulière de mon enfant, mon premier né.
Pour un 2 avril, Joëlle W.
Atelier du vendredi 26 mai 2023
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